Les marques de padel : d’où elles viennent, à qui elles appartiennent, ce qu’elles défendent
Derrière chaque raquette, chaque balle, chaque paire, il y a un drapeau, et une histoire qu'on raconte rarement. On a indexé toutes les marques du padel et retracé, une par une, leur pays de fondation. Le résultat dessine une géographie très nette, quelques surprises, et un piège dans lequel presque tout le monde tombe : confondre d'où vient une marque avec qui la possède aujourd'hui. Mais la carte ne suffit plus. Dans un marché où le carbone et la mousse finissent par se ressembler, ce qui sépare vraiment les marques, ce sont les valeurs qu'elles défendent.
Le padel n'est plus un sport ibérique. Il sera aux Jeux Européens de 2027 à Istanbul, après Cracovie en 2023, et entre aux Jeux Asiatiques et Méditerranéens en 2026. Des jalons réels, mais pas encore l'Olympe : la Fédération Internationale de Padel n'est toujours pas reconnue par le CIO, préalable obligatoire à toute inscription au programme, et le padel n'a pas été retenu pour Los Angeles 2028. Reste Brisbane 2032, dont le programme n'est pas arrêté. Derrière l'uniformité apparente des courts vitrés, l'industrie de l'équipement, elle, est tout sauf uniforme : des géants multisports centenaires, des pionniers historiques, et des jeunes marques qui refusent les règles.
1. La carte des origines
Le padel parle espagnol
Sur 47 marques, 18 sont espagnoles, plus que tous les autres pays réunis. Rien d'étonnant : l'Espagne est le cœur historique du sport, son laboratoire commercial, et c'est là que se trouvent la R&D la plus avancée et la plupart des usines européennes spécialisées.
Le « Made in Spain » y est devenu un argument de vente. Akkeron le revendique depuis Madrid, où elle est née en 2004 avec sa propre usine. Star Vie, née en 2002, produit dans sa propre usine d'Azuqueca de Henares, en Guadalajara, depuis 2013. Siux et Ocho Padel revendiquent la même carte.
D'autres conçoivent en Espagne mais font produire ailleurs. Bullpadel (née en 1995, propriété du groupe madrilène Aguirre y Cía), Nox (région de Barcelone, 2008) et Drop Shot (Las Rozas, 2009) passent par des usines asiatiques et pakistanaises, Drop Shot y possède même la sienne. Mais méfie-toi du raccourci : toutes ne délocalisent pas. Vibor-A fabrique dans son usine de Meco, près de Madrid, depuis 2012, un choix qu'elle revendique à contre-courant. Et Royal Padel, marque espagnole, produit l'essentiel de ses palas dans son usine argentine, près de Rosario.
La France et les États-Unis suivent loin derrière, avec 4 marques chacun, devant l'Allemagne, l'Italie et la Suède (3 chacune). Cette concentration ne fait pas que des statistiques : elle dicte les standards. Jouabilité, design, prix, c'est l'Espagne qui fixe la barre, et les autres qui s'adaptent.

Marque familiale madrilène (2004) à l'usine propre, revendiquée 100 % Made in Spain.

Marque espagnole en vente directe, qui revendique une fabrication 100 % espagnole.

Marque catalane (Barcelone, 2006), passée en 2023 dans le groupe espagnol Jim Sports.

Spécialiste du padel né en Espagne en 1995, propriété du madrilène Aguirre y Cía.

Née en Espagne en 2009, basée à Las Rozas (Madrid).

Vétéran espagnol né à Alicante en 1962 ; ligne padel relancée via Jim Sports.

Équipementier familial espagnol fondé en 1965 près de Tolède.

Marque espagnole d'Elche (1963) ; passée sous contrôle chinois vers 2014.

Jeune marque espagnole de Getafe (Madrid), en vente directe à prix « réel ».

Marque espagnole (2024) lancée par All For Padel, le licencié d'Adidas.

Spécialiste catalan (Barcelone, 2008) ; un fonds d'investissement en a pris le contrôle en 2025.
Marque madrilène (2013) au Made in Spain assumé.

Pionnier espagnol (Barcelone, 1991), mais l'essentiel de sa production est argentine.

Marque madrilène (2012) qui fabrique dans sa propre usine en Espagne.

Marque galicienne (Palas de Rei, 1997), pilier du groupe Jim Sports.

Marque espagnole (Guadalajara, 2002), avec sa propre usine depuis 2013.

Marque galicienne (Vibor-A, 2011) du groupe Jim Sports.

Marque espagnole (Leganés, Madrid) issue des composites aérospatiaux.

Fondée en Californie en 1966 par deux frères suisses émigrés — américaine, malgré le nom.

Marque américaine de Boston (1906), restée privée et familiale.
Marque américaine (Princeton, 1970) ; aujourd'hui détenue par le groupe américain ABG.
Institution américaine de Chicago (1914) ; détenue par Amer Sports (Finlande, puis le chinois Anta).
Lyon, 1875 : le plus ancien nom des sports de raquette, toujours aux mains de la famille Babolat.

Marque maison de Decathlon (France) lancée en 2019, conçue entre Lille et Madrid.

Marque française (Paris, 1933) du champion René Lacoste ; groupe suisse Maus Frères depuis 2012.
Marque française (Feucherolles, 1979), cordages Made in France ; dans le giron de Lacoste.
Géant allemand de Herzogenaurach (1949) ; son matériel de padel est produit sous licence par l'espagnol All For Padel.

Marque allemande de Bavière (Prichsenstadt), éditée par Meiners GmbH.

Géant allemand de Herzogenaurach (1948), né de la scission avec Adidas.

Marque italienne (Biella, 1911) ; sous pavillon coréen depuis 2007.

Marque italienne fondée à Milan en 2020 — le nom japonisant trompe, l'origine est bien italienne.
Équipementier italien (Bologne, 1971), arrivé récemment au padel.

Marque suédoise (Piteå, 2011) venue du floorball, arrivée au padel en 2022.
Marque suédoise (2021) : design suédois, fabrication en Espagne.

Marque suédoise (Helsingborg, 1891), pionnière de la balle sans pression.

Pionnier argentin (Rosario, 1989), avec une branche européenne plus récente.

Née à Buenos Aires en 1993, installée en Espagne depuis 1999.
Marque japonaise de Kobe (1949), du running au padel.

Marque japonaise (Niigata, 1946) au nom occidental, mais bien nippone.

Marque portugaise de raquettes en liège, fabriquées de façon artisanale au Portugal.

Marque portugaise (Porto, 2016), souvent prise à tort pour scandinave.

Marque sportive britannique (1910) ; propriété du japonais Sumitomo depuis 2017.
Marque britannique historique (Londres, 1881), fournisseur de Wimbledon.

Multisport au siège autrichien (Kennelbach), mais fondée aux États-Unis en 1950.

Nom japonais, marque belge : fondée à Anvers en 2011, venue du hockey.

Jeune marque néerlandaise (Nimègue, 2024), connue pour ses balles roses.
Marque taïwanaise (groupe Kunnan, Taichung), fabricant historique de raquettes.
Quand le nom trompe
Une marque choisit rarement son nom au hasard. Beaucoup empruntent l'imaginaire d'un pays qui n'est pas le leur, et ça marche.
- Osaka sonne japonais. C'est une marque belge, née à Anvers en 2011, d'abord dans le hockey sur gazon : le nom est un hommage au minimalisme nippon.
- K-Swiss évoque la Suisse. C'est une entreprise américaine, fondée en Californie en 1966, par deux frères suisses émigrés.
- Hirostar et son identité parfois orientalisante ? Italienne, née à Milan en 2020.
- Yonex, à l'inverse, sonne occidental et reste une institution japonaise : née à Niigata en 1946, où elle produit toujours, même si son siège est monté à Tokyo en 1971.
- Varlion passe pour espagnole, elle est installée près de Madrid depuis 1999, mais elle est née à Buenos Aires, en Argentine, en 1993.
- Volt, prise pour scandinave à cause de son épure, est portugaise, à Porto depuis 2016.
La leçon : le drapeau qu'une marque agite en marketing n'est pas toujours celui de sa fondation. La perception passe avant la géographie.
2. L'origine n'est pas le propriétaire
C'est le piège. On retient le pays de fondation, pas le propriétaire du moment, et cette distinction change tout. Le padel est devenu assez mûr pour attirer les fonds : rachats, fusions, capital-investissement redessinent le pouvoir sans toucher à l'ADN perçu par le joueur.
Le cas le plus parlant date de l'automne 2025. Nox, l'un des leaders catalans, fondée en 2008, est passée sous le contrôle du fonds britannique Oakley Capital : l'opération, annoncée le 15 octobre, a été bouclée en novembre via le véhicule Oakley Origin Fund II. Oakley y prend la majorité du capital ; le fondateur Jesús Ballvé et le fonds espagnol GPF Partners, déjà actionnaire depuis 2023, conservent ensemble une « participation minoritaire significative ». Aucun pourcentage n'a été publié, et le prix non plus : les 9 millions de livres souvent cités ne sont que la quote-part indirecte de la société cotée du groupe, pas le montant de l'opération. L'objectif affiché : transformer une marque spécialisée en franchise mondiale de style de vie. Le propriétaire change, la structure se mondialise ; l'origine barcelonaise reste le socle du discours.
D'autres sont passées sous pavillon étranger depuis longtemps, sans rien perdre de leur identité :
- Kelme, fleuron espagnol d'Elche, est passée sous contrôle chinois en 2018 : Jinjiang Yuanxiang, jusque-là simple licencié de la marque sur le marché chinois depuis 2014, a converti sa dette commerciale en actions pour s'emparer de 80 % du capital. Avant cela, Kelme appartenait à un fonds d'investissement espagnol.
- Wilson, née à Chicago en 1914, appartient au groupe Amer Sports, d'origine finlandaise, siège à Helsinki, coté à New York depuis 2024, dont le chinois Anta est le premier actionnaire avec environ 40 % du capital. Premier actionnaire, donc, mais pas propriétaire.
- Dunlop, britannique depuis 1910, propriété du japonais Sumitomo, qui a bouclé le rachat de la marque sport en avril 2017.
- Fila, née à Biella en 1911, sous pavillon sud-coréen depuis 2007.
- K-Swiss, l'américaine au nom suisse, est passée au coréen E-Land, puis au chinois Xtep en 2019, qui l'a revendue fin 2024 à la famille de son propre fondateur, qui la détient désormais en privé. Jamais suisse, plus vraiment chinoise.
Le padel reproduit l'économie mondialisée : l'origine sert d'ancrage émotionnel, les capitaux circulent ailleurs.
3. Les puristes contre les géants
Ceux qui ne font que du padel
D'un côté, les spécialistes. Presque tous hispanophones, ils ne fabriquent que du padel, et en tirent une autorité que personne ne leur conteste. Bullpadel, Nox, Star Vie, Vibor-A, Drop Shot, Black Crown, Royal Padel, Siux : ce sont eux qui dictent les tendances.
Leur stratégie tient en deux mots : hyper-spécialisation et joueurs pros. Bullpadel a pris la tête en équipant une large part du haut du classement, avec des gammes agressives comme la Vertex. Leurs valeurs : la culture pure du padel, le circuit (Premier Padel), l'innovation continue sur les cadres et les noyaux.
Ceux qui sont venus d'ailleurs
De l'autre, les géants multisports ont débarqué avec leur puissance logistique et financière : Adidas et Puma (Allemagne), Babolat, Lacoste et Tecnifibre (France), Asics et Yonex (Japon), Head (Autriche), Wilson (États-Unis).
Leur arme, c'est le transfert de légitimité. Head et Babolat, rois du tennis, se sont imposés sur le haut de gamme. Head a débarqué avec ses collections Extreme et Speed, et ses technologies Auxetic ou Power Foam. Babolat a transféré son identité agressive avec la gamme Viper.
Le rapport de force s'inverse selon le produit. Sur les balles, l'héritage des sports de raquette écrase tout : Head, Wilson, Dunlop, Tecnifibre et le pionnier suédois de la balle sans pression, Tretorn, tiennent le marché grâce à un siècle de vulcanisation. Sur les chaussures, ce sont les spécialistes du running et du tennis qui font la loi : Asics, New Balance, Yonex, K-Swiss ont un amorti et une traction que les jeunes marques de padel ne savent pas encore reproduire.
4. L'héritage : la mousse qui a sauvé les bras
S.A.N.E., ou la révolution du noyau élastique
Toute l'industrie repose sur une invention argentine de 1989. Avant elle, les raquettes étaient en bois, pesaient environ 450 grammes et ne pardonnaient rien : la rigidité détruisait les bras. Du côté de Buenos Aires, Carlos Pérez invente et lance seul S.A.N.E., Sistema Antivibratorio de Núcleo Elástico, avec une idée simple : mettre au cœur de la raquette de la gomme EVA, un matériau qu'on utilisait alors pour les semelles. Le premier match public opposant le bois au caoutchouc se joue à Banfield.
Le jeu bascule. Le poids s'effondre, on joue aujourd'hui autour de 360 à 370 grammes, , les ondes de choc sont absorbées, et l'élasticité crée un effet trampoline qui accélère la balle. C'est aujourd'hui le standard absolu.
La marque, elle, a changé de mains. Ricardo Ráccaro, son revendeur à Rosario, la rachète à Pérez et y installe la fabrication ; il la dirige toujours, et le raconte sans détour : « j'ai commencé à les distribuer dans l'intérieur du pays, puis j'ai acheté la marque à Carlos Pérez. » S.A.N.E. reste dans son rôle de pionnier : la Cinetik 28 (28 mm d'épaisseur, perforation extrême Infinity Holes) ou la ligne Potential, qui supprime le pont pour offrir un grip de 15,5 cm et favoriser le revers à deux mains. Ses valeurs : l'ingéniosité, le refus du conformisme, les sensations avant la mode.
Celles qui ont fait de ton coude un argument
L'épicondylite, le « tennis elbow », est le fléau de l'amateur. Trois marques en ont fait leur identité.
Royal Padel, pionnier espagnol né à Barcelone en 1991 (mais dont la production est majoritairement argentine), est le maître du noyau en mousse de polyéthylène. Moins dense que l'EVA, il donne une frappe douce et absorbe remarquablement les vibrations. La M27 Light ou la Japan Pro Red intègrent des technologies Shock Absorption pensées pour préserver le coude et l'épaule sans renoncer à la puissance. Le public visé est mature : il veut jouer longtemps, pas se sacrifier.
Pro Kennex, le taïwanais, attaque le même problème par la physique avec son Kinetic System, hérité du tennis : des micro-billes, les Kinetic Mass, logées dans des capsules intégrées au cadre. À l'impact, elles se déplacent, stabilisent le cadre contre la torsion et élargissent le sweet spot. Le Jetron, lui, n'est pas le nom des billes : c'est un revêtement de structures carbonées ionisantes qui neutralise les charges électrostatiques les empêchant de bouger librement, la marque lui crédite plus de 56 % d'efficacité gagnée. Et ce qui échappe au cadre est avalé plus bas, dans une chambre distincte logée dans le manche, où d'autres micro-billes dissipent l'énergie par friction avant qu'elle n'atteigne le bras : le Non-Obstructive Particle Damping, une technique empruntée à l'aérospatiale. Pro Kennex ne vend pas le joueur le plus explosif : il vend un laboratoire. Ingénierie préventive, confort clinique, rationalité.
Cork Padel prend une troisième voie : l'anti-vibration naturelle. La marque portugaise travaille le liège, isolant et absorbant par excellence, et fabrique à la main au Portugal. Elle revendique des propriétés anti-vibratoires « brevetées », mais ne publie aucun numéro de brevet, et aucun titre portant sur cette technologie n'est identifiable dans les bases publiques, son cofondateur décrit d'ailleurs cet amortissement comme un « secret » de fabrication, ce qui est l'inverse d'un brevet. Ses valeurs restent celles du luxe artisanal : une pièce unique, un design noble.
5. Ceux qui font de l'ingénierie une valeur
Le padel profite massivement des autres industries. Certaines marques en ont fait leur discours, en assumant la rigueur plutôt que le folklore.
Oxdog : le rationalisme scandinave
Venue du floorball, un sport qui exige une résilience extrême du carbone, la suédoise Oxdog entre dans le padel en 2022 avec une approche purement analytique. Zéro fioriture : des concentrés d'ingénierie.
L'offre est segmentée sans ambiguïté : Pure pour le contrôle, Hyper pour la polyvalence, Ultimate pour la puissance, Sense pour le toucher. Le carbone HES (High Energy System) optimise le transfert d'énergie, les PowerRibs renforcent les rails pour la stabilité, le Side Port réduit la traînée, le SilentSpeed atténue la signature sonore. Et surtout le RBS (Racket Balance System) : un poids amovible de 8 grammes pour régler soi-même sa balance. Performance mesurable, modularité, précision chirurgicale, pour qui voit sa raquette comme un instrument.
Xcalion : l'exigence aérospatiale
Basée à Leganés, en banlieue de Madrid, Xcalion est une émanation d'AEON-T, société de composites issue d'un programme d'incubation de l'Agence spatiale européenne. Toute son identité en découle.
Plutôt que la production de masse en Asie, elle fabrique en Espagne selon des procédés qu'elle décrit comme « digitalisés et robotisés ». Sa technologie ALMA associe un carbone à haute densité et une structure monocoque, une seule pièce de carbone, poignée comprise, issue d'un moule exclusif. La personnalisation, elle, s'arrête au design, à la couleur et à ton nom sur le cadre. Exclusivité, exactitude, refus de l'obsolescence programmée.
Pallap : l'ingénierie allemande et la responsabilité
L'allemande Pallap, en Bavière (Prichsenstadt) sous l'égide de Meiners GmbH, croise ingénierie germanique et conscience environnementale. Techniquement, elle ose des matériaux rares dans le padel : le Kevlar, pour la résistance à la traction et contre la torsion, et la fibre de carbone basalte aluminisée (15K).
Son Rocksolid Bridge raidit le cœur tout en filtrant les vibrations, des choix qui lui valent une couverture élogieuse dans la presse spécialisée. Au-delà, Pallap assume l'éco-responsabilité : ses Mid Racket Bag sont en polyester 100 % recyclé.
6. Ceux qui cassent les prix
Quand le haut de gamme des grandes marques se paie plusieurs centaines d'euros, la question du prix devient politique. Deux marques y répondent en attaquant la chaîne de valeur elle-même.
Alkemia : le direct, sans intermédiaire
L'espagnole Alkemia s'est construite contre le marketing des géants. Vente directe, point : pas de distributeur, pas de marge intermédiaire, pas de sponsoring de stars.
Son argument est frontal : tu paies les matériaux et la conception, pas la prime de signature d'un joueur ni la « taxe de marque ». La marque revendique une fabrication 100 % espagnole et un contrôle qualité strict, avec des technologies premium quand même : cadres Kevlar et carbone, faces carbone 3K, mousses EVA propriétaires, anti-vibration Vibrawall, pont aérodynamique Smart Bridge.
La gamme couvre tout : Thunder (diamant, attaque pure), Tenebris (goutte d'eau très puissante), Ignis (polyvalence et tolérance), Vento (confort), Terra (contrôle absolu). En vendant nettement moins cher qu'une pala pro des grandes marques, Alkemia redéfinit ce que « cher » veut dire, et mise sur le bouche-à-oreille plutôt que sur la pub.
Kuikma : l'inclusivité industrielle
Lancée en 2019 par Decathlon, conçue entre Lille et le centre d'études de Madrid, Kuikma a opéré une métamorphose. Longtemps rangée au rayon initiation, elle conçoit désormais des raquettes qui rivalisent avec les leaders, à une fraction de leur prix.
La Control Pro ou l'Hybrid Pro embarquent du carbone 18K TeXtreme et l'Air Foam Frame, une mousse haute densité qui renforce l'intérieur du cadre pour limiter la torsion à l'impact, une innovation maison, que Kuikma ne présente pas comme brevetée. Les tests des sites spécialisés sont élogieux. Pour asseoir cette légitimité, Decathlon a recruté des ambassadeurs de premier plan sur le circuit.
Ses valeurs prolongent la refonte de Decathlon (« l'Orbite », « Ready to Play ») : l'inclusivité, rendre l'excellence accessible à tous les budgets, et un engagement environnemental massif, avec un objectif de réduction de 42 % de ses émissions absolues de CO₂ d'ici 2030 (scopes 1, 2 et 3, base 2021, validé par la SBTi), l'éco-conception, la location, la réparation et le recyclage.
7. Ceux qui vendent une identité
Au-delà des specs, une raquette est un marqueur. De jeunes marques l'ont compris et jouent le design, la niche ou l'attitude de leurs ambassadeurs pour créer des tribus.
Hirostar : la magie italienne
Née à Milan en 2020, Hirostar joue l'émotion. Des noms venus de l'espace (Alien, Solar, Aurora, Horizon), des designs asymétriques tranchés, et une signature revendiquée : celle du jeu instinctif et imprévisible, celui qui ne s'apprend pas dans les manuels.
L'Alien Pro, son arme, ne fait aucune concession : diamant, carbone 24K, mousse EVA Black X-Treme, pont aérodynamique anti-vibration. La devise inscrite sur le cadre dit tout : « el que tiene magia no necesita trucos », celui qui a de la magie n'a pas besoin de trucs. Hirostar ne parle pas aux besogneux, mais aux esthètes de l'attaque.
Lok : la rébellion
Créée en 2024 sous l'égide d'All For Padel, l'entité qui gère aussi la licence mondiale Adidas Padel, Lok est pensée pour la génération Z. Identité brute, urbaine, agressive, taillée pour le jeu ultra-offensif.
La Maxx Hype est un manifeste : carbone 18K, mousse Custom EVA, 3D Spin Lines pour l'effet, Dynamic Holes System au perçage. Mais sa vraie signature, c'est l'Asymetric Heart, un cœur déstructuré qui gagne en aérodynamisme et se reconnaît à dix mètres. Disruption, énergie brute, insolence.
Pinq Padel : la couleur comme argument
Le marché des balles est dominé par une poignée de marques venues du tennis, qui inondent les clubs de tubes jaunes. La néerlandaise Pinq Padel, basée à Nimègue, s'y est engouffrée avec des balles pressurisées… roses.
Ce n'est pas qu'une coquetterie, et depuis le 1er janvier 2026, ce n'est plus une entorse au règlement : la FIP a mis fin au monopole du jaune. Sa règle autorise désormais le blanc, le jaune « ou toute autre couleur offrant un contraste approprié et net avec la couleur de la surface ». Le principe du contraste balle/sol est donc validé par la fédération elle-même. L'avantage propre au rose, en revanche, reste le discours de la marque : Pinq n'avance aucune étude, et sa balle ne figure pas sur la liste des balles homologuées FIP. Joie de jouer, courage de rompre la monotonie : Pinq transforme un consommable en accessoire d'affirmation.
8. Ceux qui rachètent les autres
Le marché exige de lourds investissements en logistique, distribution et sponsoring. D'où les portefeuilles de marques, qui mutualisent les coûts en couvrant plusieurs segments.
Le galicien Jim Sports en est l'exemple parfait. Propriétaire historique de Softee (milieu de gamme), il a relancé Enebe, vétéran espagnol fondé à Alicante en 1962, en rééditant ses modèles iconiques avec des technologies modernes (carbone 12K et 24K, noyaux Black EVA HR3), en capitalisant sur la nostalgie. En juin 2023, il a intégré Black Crown, la marque catalane créée par Jordi Rovirosa, respectée pour le confort de ses raquettes et sa bagagerie.
Vibor-A, premium et agressive, célèbre pour la Yarara, gravite dans la même orbite, mais autrement, et depuis plus longtemps : depuis 2019, le groupe en assure la fabrication, la distribution et la commercialisation, sans en détenir le capital. Jim Sports la classe d'ailleurs lui-même parmi ses distributions exclusives, et non parmi ses marques propres. La nuance a son importance : gérer une marque et la posséder sont deux choses différentes.
En regroupant des identités aussi différentes, la tradition d'Enebe, le confort de Black Crown, le prestige reptilien de Vibor-A, l'accessibilité de Softee, le groupe offre une gamme complète aux détaillants. Résilience industrielle, préservation du patrimoine, puissance logistique.
Ce que ça dit du padel
L'industrie a quitté l'artisanat. Lire la carte des origines ne suffit plus : les pavillons historiques masquent souvent des fonds internationaux, et les promesses de performance cachent des chaînes logistiques mondiales.
Mais dans un marché où le carbone et la mousse se standardisent, la vraie différence s'est déplacée. Tu ne choisis plus une raquette : tu adhères à un récit.
- La domination, Bullpadel et Nox, qui s'offrent les icônes du classement.
- Ton corps, l'ingénierie préventive de Pro Kennex, l'absorption de Royal Padel.
- La rigueur, le froid d'Oxdog, l'aérospatiale d'Xcalion, l'écologie allemande de Pallap.
- L'équité, la transparence d'Alkemia, la force éco-conçue de Kuikma.
- La rébellion, la magie d'Hirostar, l'asymétrie de Lok, le rose de Pinq Padel.
Le padel vise l'Olympe. D'ici là, les historiques devront justifier le prix d'un haut de gamme alourdi par le marketing, face à des marques agiles qui proposent la même technologie moins cher. La suite ne se jouera pas seulement sur les composites : elle se jouera sur la capacité à tenir une promesse.